Maman,
Nous sommes tous réunis aujourd’hui pour te faire un dernier au revoir. J’aurai aimé ne pas avoir à lire cet hommage à la femme pleine de vie que tu étais. Ni même à devoir parler de toi au passé.
J’ai toujours admiré ton parcours de vie semé d’embuches, mais qui ne t’a jamais empêché d’atteindre tes objectifs. Tu répétais souvent être née dans la fange aux cochons. Entre un père alcoolique et violent et une mère qui n’a jamais été à l’école et ne savait pas très bien parler français, il est vrai que les probabilités de s’en sortir ont l’air mince. Mais ta mère a su faire ce que beaucoup de femmes n’auraient pas osé: partir. C’est donc dans sa minuscule loge de gardienne d’immeuble que tu as su travailler au moins deux fois plus que les autres pour t’en sortir. Entre le ménage de l’immeuble que ta mère te laissait faire et les va et vient incessant des résidents de l’immeuble, pas facile de se concentrer sur ses études de médecine. Et pourtant ! Tu n’as pas seulement réussi ta premier année, tu es arrivé 13ème sur toute ta promotion !
Cette 1ère année t’as permis de rencontrer un tire au flanc, j’ai nommé Godo, qui est aujourd’hui le père de tes enfants. Je plaisante évidemment, ce n’est pas parce qu’il n’avait pas le même goût pour les études que toi que tu l’as mal choisit. Bien au contraire, ton instinct a été bon sur ce coup là. Il aura été d’un soutien hors pair tout au long de ta vie (et réciproquement), peut importe les épreuves qui ont traversées vos vies. La plus difficile a, sans aucun doute, été celle de cette fichue maladie.
Tu peux partir rassurée, mes frères et moi même prendrons bien soin de papa, ton Godo, l’amour de ta vie. Tu m’avais confié un secret un jour que je ne devais pas lui répéter. Aujourd’hui je me permet de lui dire, même si j’espère que tu l’as fait avant moi. Un jour en première année de médecine, tes yeux se sont posés sur un jeune homme et tu t’es dit que ce serait lui l’homme de ta vie. Je sais ça parait fou, on dirait le début d’un film à l’eau de rose, et pourtant c’est ce qu’il s‘est passé ! Et puisqu’on enlève pas une idée de la tête de Nathalie, vous vous doutez bien qu’ils vécurent heureux pour toujours.
Un conte de fée qui a donné naissance à trois enfants et l’adoption d’une multitude d’animaux (je plaide coupable). Enfants comme animaux t’auront donné bien du fils à retordre. Et puisque les chiens ne font pas des chats, tu as mis au monde 3 têtes de mules. Il t’aura fallu une bonne dose de persévérance pour nous permettre de rester sur le droit chemin. Je te remercie d’avoir toujours été là pour nous. D’avoir eu une oreille attentive pour écouter nos malheurs, nos doutes, nos inquiétudes mais aussi toutes les choses positives de nos vies. Aujourd’hui tes trois enfants ont trouvés leurs voies, ce qui je sais t’as rassuré en cette fin de vie. Quoi qu’il arrive, tu peux compter sur nous pour rester soudés. On est une famille, et même si on se prend le bec par moment, tu as appris de prendre du recul, se remettre en question et pardonner quand cela est nécessaire.
Même si j’aurai voulu partager encore plein de moments ensemble, on en vécu des choses toutes les deux ! Les ballades avec Flèche qui partait parfois pendant des heures parce qu’il était parti sur la trace d’on ne se quoi et qu’on le retrouvait avec un ventre qui avait triplé de volume. Les sorties dans Paris entre filles. Tous les voyages que l’on a pu faire en famille. Et tant d’autres encore !
Tu nous appris à ne jamais lâcher l’affaire et à toujours essayer de voir le positif de chaque situation.
Merci d’avoir été le soleil de nos vies.
A toi, mon médecin préféré, ma maman, ma Nathalie.
Je t’aime et t’aimerai pour toujours.
Veille sur nous, ou que tu sois. Si la réincarnation existe, n’hésite pas à devenir un petit chat je m’occuperai bien de toi et te soignerai avec attention à mon tour.
Fais bon voyage.